Chlordécone : Tropiques Toxiques, roman graphique de Jessica Oublié

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L’œuvre de Jessica Oublié revient en détail sur le scandale ou le génocide au chlordécone comme les victimes le qualifient. Tropiques Toxiques, retrace la manière dont le pesticide a été employé de 1972 à 1993 pour permettre un rendement important lors de son utilisation aux Antilles françaises dans les bannerais.

Jessica Oublié est une auteure guadeloupéenne qui n’est pas à son premier roman graphique. En 2017, elle publie « Péyi an ou » une création documentaire sur la migration institutionnalisée des départements d’outre-mer vers la France des années 1960 à 1980, plus connue sous le nom de Bumidom. Un livre, récompensé par le prix étudiant de la BD Politique de France Culture à l’Assemblée nationale en avril 2018. Son dernier ouvrage aborde une thématique incontournable aux Antilles, celle du chlordécone.

Dégâts incommensurables

Aujourd’hui, en Guadeloupe et Martinique le cancer de la prostate se développe de façon exponentielle. Les terres sont contaminées pour des centaines d’années. Et la molécule est présente dans les corps des 800 000 personnes qui y vivent. Scandale environnemental ? Sanitaire ? Ou d’État ? Les débats sur cette molécule passionnent et opposent régulièrement par voie de presse : politiques, producteurs de bananes, chercheurs, avocats et acteurs de la société civile. Si la question de la responsabilité doit encore être tranchée devant les tribunaux, les Antillais doivent eux résoudre une question tout aussi essentielle : comment vivre dans un environnement à jamais pollué?

Lire l’article : Trois-Rivières de nouveau confronté à la pollution de l’eau au chlordécone

Tropiques Toxiques préambule

J’ai découvert le chlordécone — pesticide utilisé dans la production de bananes en Guadeloupe et en Martinique entre 1975 et 1993 — lorsque je me suis installée en Guadeloupe en février 2018. Quelques mois auparavant, j’en avais découvert l’existence sur le net, mais pas suffisamment pour parvenir à mettre des mots clairs sur la réalité que recouvre ce pesticide aujourd’hui aux Antilles. Et puis, j’ai entendu plusieurs sujets télévisés et radiophoniques quelques semaines après mon installation. Quand j’ai compris qu’il y en avait dans la nourriture que je mangeais (poissons, légumes, viandes, œufs), j’ai eu le sentiment de m’administrer quotidiennement une petite dose « légale » de poison.

J’ai alors décidé de passer aux aliments surgelés et aux conserves qui ne faisaient absolument pas partie de mon alimentation auparavant. Je suis plutôt ce qu’on appelle « une bonne vivante » et depuis plusieurs années, j’avais pris l’habitude de faire mon marché et d’acheter certains produits directement chez leurs producteurs. Mais là, pour la première fois, je réalisais que mon alimentation m’exposait potentiellement à des risques. Quand j’ai découvert que le chlordécone est reprotoxique et fœtotoxique, j’ai eu envie de bien comprendre ce « patrimoine » insensé que je léguerai par la force des choses à mes enfants.

«Dans quelques centaines d’années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j’aurais pu voir et qui m’a échappé. » Tristes tropiques, Claude Lévi-Strauss