Algue sargasse opportunité ou fléau ?

0
1919

Interrogé il y a deux jours par l’Agence France Presse (AFP), Thierry Thibaut le responsable de l’Expédition Sargasse Caraïbes révèle de nouvelles pistes d’exploitations économiques de l’algue brune.

Selon le scientifique, les algues brunes nauséabondes et toxiques peuvent être une aubaine à condition d’anticiper leur arrivée.

Opportunité ou fléau ? 

Concevoir des objets plastiques, de l’engrais et même de la bière à base de sargasses « n’a rien de compliqué », assurent industriels et scientifiques. « Les sargasses passent leur vie à la surface de l’eau et sont à la merci des courants. Un moment donné, elles échouent parce qu’elles ont rencontré une terre sur leur passage », explique Thierry Thibaut.

« C’est compliqué aux Antilles, mais pas ailleurs. Il ne faut pas paniquer à chaque fois que quelques sargasses arrivent, il faut réagir par opportunité », répond le spécialiste. « Je suis allé au Texas, soumis au même phénomène ; les Américains anticipent les échouages », un à deux mois à l’avance à partir des modèles de dispersion et des satellites. Ces derniers se servent de leur tas de sargasses qu’ils recouvrent de sable et de plantes terrestres pour réaliser des barrières anti-érosion sur les côtes texanes. « D’autres en font de la bière sargassum beer », précise le chercheur. À Marie-Galante, certains agriculteurs commencent à l’utiliser dans leur champ comme compost.

L’exemple Algopack

En Bretagne, la start-up Algopack s’est spécialisée dans le plastique à partir des algues brunes, les sargasses. Elle réalise des dalles, des cadres de lunettes, des verres, des jetons de caddies, des urnes funéraires.

Lunette à base d’algues brunes de la marque NEONED

Collecte et risque

Outre le coût qui reste élevé par rapport aux produits issus de la pétrochimie (industrie des dérivés du pétrole, ndlr), la difficulté réside dans l’installation d’un point de collecte des sargasses. « On peut prévoir sur quelques mois, mais selon les années, les lieux d’échouage sont changeants. En ce moment, il y en a en Guadeloupe, mais il peut ne plus en avoir pendant les trois prochaines années et en avoir à la Barbade », selon l’entreprise Algopack également interrogé par l’AFP.

« La collecte est totalement aléatoire », confirme Thierry Thibaut, phycologue (spécialiste des algues, ndlr). « Les sargasses constituent un écosystème extrêmement important puisque ça sert de garderie pour beaucoup de poissons. Si l’on développe une industrie là-dessus et qu’il n’y en a pas assez qui s’échouent et qu’on commence à aller au large pour les détruire, là cela va devenir un problème », met en garde le chercheur.

Source : afp.com