Tanya St Val était de passage à Paris pour la promotion de son nouvel album Voyage. Elle nous a donné rendez-vous par un bel après-midi de printemps à une terrasse de café. Ce fut un privilège d’échanger avec une icône de la musique antillaise.

Guadeloupe Actu : Pourquoi avoir conçu ce projet avec une partie Soleil et l’autre Lune ?

Tanya St Val : En tant que femme caribéenne et antillaise, je voyais cela comme un arbre enraciné dans le sol de la Caraïbe et des îles. Enraciné, comme je le suis. Quand on regarde un arbre, il y a différentes branches. Jusqu’à maintenant, j’ai représenté le zouk (partie soleil de lalbum, ndlr) et j’en suis fière.

C’est une musique qui a marqué les mémoires, mais il y a un autre style musical qui me parle (partie lune, ndlr) toujours aux sonorités caribéennes et qui laisse plus de place aux musiciens, aux solos, à l’harmonie, car moi-même, je suis musicienne et à cela, je suis sensible depuis très longtemps. Cela me permet une ouverture différente notamment avec la maturité et l’expérience qui sont miennes. C’est vraiment là où j’ai envie d’aller aujourd’hui.

GA : Vous êtes une femme engagée ?

TSV : Je ne le pense pas, je ne l’ai jamais souhaité. Quand on se penche sur le monde, on a envie de dire des choses. Avec le morceau Met sa o , par exemple, extrait de l’album Voyage l’idée est de dire qu’il faut véritablement atteindre l’excellence. J’y parle du rêve de Martin Luther King qui est devenu réalité avec Obama. Je voulais aussi m’adresser à la nouvelle génération car il faut faire une piqûre de rappel : rappeler nos racines, nos valeurs et garder tout cela à l’esprit.

Si on doit mentionner les autres titres de l’album, avec Vini fou, je veux faire prendre conscience que nous devons nous responsabiliser sur cette planète et la traiter correctement. Je m’adresse également aux industriels qui la polluent sans aucun scrupule.

Dans le titre Assis dans le noir, j’évoque les « boats peoples », les Haïtiens qui traversaient la mer pour arriver aux Etats-Unis. Je fais un écho avec ce qui se passe aujourd’hui. Je vis les yeux ouverts, j’apporte un constat, je pointe le doigt sur les injustices. Tout est à construire pour notre peuple. La partie Lune parle de cela.

GA : Après 30 ans de carrière, comment on se renouvelle pour parler d’amour ?

TSV : En le vivant, toutes les histoires ne sont pas autobiographiques, les formes varient. L’amour de manière général, j’essaie de ne pas en parler de la même manière. Les chansons Arété, You and me, Câlin, Lanmou Kréyol ou An Lov  sont totalement différentes se sont des histoires qui sont arrivées à beaucoup de gens de tous horizons et pourtant, elles parlent d’amour.

GA : Est-il important de lier l’héritage musical antillais à la musique actuelle comme  celle d’Erik Pedurand que vous appréciez ?

TSV : Je ne sais pas si c’est important, je pense que tout le monde doit faire les choses avec conviction, moi, je suis authentique, il ne faut pas être incohérent, je suis certaine qu’il faut être enraciné dans sa culture.

Je pense que nous devons aussi influencer les autres, arrêter de toujours prendre ce que l’on reçoit de l’extérieur et qu’un jour il y ait quelque chose de fort qui sorte de nous. A ce moment-là, j’aurais l’impression que l’on aura réussi. Quand on construira avec ce qui sort de chez nous, on sera reconnu.

GA : Vous avez monté votre label de musique (Netty Prod), qu’est-ce que cela change pour vous ?

TSV : Je suis vraiment une femme libre, je dis cela avec humilité. C’est la liberté tout simplement, l’indépendance ce n’est pas de l’orgueil. Quand on fait de la musique, c’est faire partager son inspiration, son univers. Quand tu as des collaborateurs, ils peuvent t’amener dans des directions qui ne sont pas les tiennes, ils ne cherchent pas à te comprendre à t’amener là où tu as envie d’être.

GA : Vous êtes une femme « Potomitan » : chef d’entreprise, reconnue dans la musique, mère de famille comment on conjugue cela ?

TSV : Ce sont des métiers et maman est sûrement le premier , tout est une question d’organisation. Mes enfants ont toujours été habitués à mes nombreux déplacements, mais ils sont ma priorité !

GA : Quelle est votre vision de la femme antillaise aujourd’hui ?

TSV : Je pense qu’elle ressemble à toutes les autres. Elle entreprend, elle a réussi à se sublimer, elle voyage, elle gère sa famille, elle n’a aucun retard comparé aux autres femmes dans le monde. Elle réussit !

GA : Qu’est-ce qui vous donne encore envie de créer ?

TSV : Par passion, je ne me suis pas réveillée un jour en me disant, je vais chanter. Depuis l’âge de 9 ans, je baigne dans la musique. J’écoutais mon père ainsi que des aînés faire de la musique, donner des concerts, j’allais écouter Manu Dibango, Féla Kuti

GA : Que nous réservez-vous pour la suite ?

TSV : Je veux défendre mon album Voyage, si possible rendre les gens heureux, partager ma musique. Ce côté festif et conscient qui se retrouve dans mon nouveau disque. Je veux faire encore des clips et donner encore des concerts.

GA : Vous avez une mine radieuse et un discours vertueux comment entretenez-vous votre esprit et votre santé ?

TSV : Je fais tout pour me sentir bien, je fais attention à ce que je pense, je ne laisse pas de mauvaises pensées pénétrer mon esprit. La musique doit faire du bien aux gens, je ne peux pas concevoir de faire du mal à autrui.

Tanya St Val parsème son album de valeurs humanistes. Différentes couleurs et ambiances s’entremêlent. On parcourt des décors et des paysages flamboyants à juste titre éclairés par le soleil et la lune. La diva se réinvente, elle traverse le temps, pour nous offrir une musique riche et parfaitement orchestrée, un régal, un voyage !

VOYAGE, Album - 2016 - Netty Prod

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