Joséphine ange gardien au secours des esclaves guadeloupéens

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Photo : Lagardère studios

Dans le cadre d’un épisode inédit qui sera diffusé sur Tf1 le lundi 26 août Joséphine, Ange Gardien se transporte dans la Guadeloupe des années 1830. Cette mission intitulée «Enfin libres!» suscite une vive polémique.

Pas un mois ne s’écoule sans une polémique liée aux conséquences de l’esclavage. On se souvient de Christine Angot et plus récemment du lycée Bel-Air. Et voilà un retour à la « case départ » avec Joséphine Ange gardien.

Le scénario

«Pour venir en aide à Clémence, une jeune femme à la recherche de ses origines, Joséphine se transporte dans la Guadeloupe des années 1830, et se retrouve propulsée gouvernante de la petite Lison, fille de planteurs au caractère bien trempé. Durant son séjour, notre ange gardien va prendre fait et cause pour Scipion et Vénus, deux esclaves décidés à conquérir leur liberté pour vivre leur amour. Mais c’est sans compter Roland, l’intendant de la plantation, secrètement amoureux de Vénus, qui a juré la perte de Scipion…»

L’histoire se déroule en Guadeloupe, mais le tournage a été effectué en Martinique. Deux îles ayant connu une tragédie similaire, mais avec une histoire différente, une incohérence et une méconnaissance notable de la production.

Concept de la série

Joséphine Delamarre interprétée par Mimie Mathy est un ange gardien que le ciel envoie sur terre. En raison de sa finesse psychologique, de sa capacité de persuasion et à ses pouvoirs magiques, elle parvient à aider les personnes qui rencontrent des problèmes. La série est de type comédie dramatique, où Joséphine finit toujours par sortir d’affaire ses clients : familles en détresse, personnes déprimées, ou encore couples en voie de séparation. Chaque épisode traite d’une question de société : chômage, précarité, violence, rêve ou projet abandonné.

Fiction or not fiction

La série Joséphine Ange gardien peut-elle utiliser le contexte de la « traite négrière » reconnue comme crime contre l’humanité pour y mêler drame et comédie dans le but de proposer une création divertissante pour des millions de téléspectateurs? L’ange qui est une composante inhérente à la religion chrétienne a été également imposé par l’esclavage et la colonisation aux peuples africains. Peut-on placer un personnage caucasien qui dispose du rôle principal et qui incarne une icône religieuse pour venir en aide à des esclaves noirs alors qu’à cette époque d’incessantes révoltes d’esclave pour la liberté étaient déjà en place? La perception sur le plan de l’image et donc de la symbolique n’est absolument pas négligeable. La série ne devient-elle pas la gardienne d’un imaginaire colonial ?

La Guadeloupe traverse depuis de nombreuses années des crises quotidiennes (infrastructures défaillantes, violence, ou encore le manque d’eau) dans un climat social pesant. Peut-on imaginer une diffusion dans une telle atmosphère ?

Les raisons de l’abolition

L’esclavage des Africains par les Européens lors de la traite transatlantique a pu être possible par l’utilisation de méthodes sanguinaires. Les meurtres, les mutilations, les tortures physiques et psychologiques, les viols ont eu lieu pendant les traversées sur les navires ou dans les plantations.

«Les noirs ont obtenu leur émancipation en attaquant régulièrement les plantations, réduisant les récoltes en cendres et en libérant leurs camarades. Les captifs se révoltèrent, tuant les tortionnaires et en ravageant les bâtiments publics. Toutes ces insurrections ont provoqué des pertes financières colossales pour les colons et le gouvernement français. A partir de 1802, les Africains étaient 100 fois plus nombreux que les Français en Guadeloupe, 114000 noirs pour 14000 blancs. Les révoltes qui étaient devenues fréquentes et très meurtrières ont poussé les Français de l’île à craindre pour leurs vies et leurs investissements.»

Tf1 pense-t-il pouvoir traiter d’un tel sujet avec un format audiovisuel comme Joséphine Ange Gardien ? Pour l’heure aucune réaction de la chaîne ou de l’actrice principale. Polémique inutile pour certains, provocations pour d’autres, le contexte historique, le genre de la série et l’iconographie qui se dégagent de l’épisode à venir ne laisse pas indifférent. Joséphine, pourriez-vous claquer des doigts et remettre en état le CHU ?

Sources : Mimie Mathy officiel, Tf1, Grandeur Noire

2 COMMENTAIRES

  1. Très bon article.

    Dans le climat social actuel en Guadeloupe ainsi que dans les autres communautés ayant subi la traite négrière, il est compréhensible et normal que l’annonce d’un tel tournage éveille la curiosité et des populations concernées et l’attente de ce fameux épisode pour les diverses raisons très bien expliquées dans l’article.
    Mais à mon humble avis, je pense qu’on devrait attendre d’avoir vu l’épisode en question avant de pouvoir juger s’il y a effectivement matière à créer des polémiques ou des tensions.
    Il est vrai que traiter un tel sujet dans cette série peu laisser imaginer un scénario déjà tout prédit où  » un personnage caucasien qui dispose du rôle principal et qui incarne une icône religieuse pour venir en aide à des esclaves noirs alors qu’à cette époque d’incessantes révoltes d’esclave pour la liberté étaient déjà en place » et où la série deviendrait « la gardienne d’un imaginaire colonial », mais il se peut aussi que les scénaristes aient décidé d ‘explorer une toute autre piste.

    Si on en croit l’extrait du synopsis de cet épisode cité dans l’article, l’ange gardien aide une jeune femme à la recherche de ses origines et pour se faire, elle se retrouve dans la Guadeloupe de 1830 et son contexte esclavagiste. Il n’est cependant écrit nulle part qu’elle y va pour libérer les esclaves de la traite négrière et s’attribuer (Et donc par assimilation attribuer aux caucasiens ou aux colons) les mérites de l’abolition de l’esclavage.
    Il se peut tout aussi bien que cet épisode place une histoire d’amour à l’origine de la généalogie de la jeune fille à la recherche de ses origines dans le contexte historique de l’esclavage montrant ainsi dans quel contexte cruel et difficile vivaient nos ancêtres esclaves tout en faisant le lien avec la société actuelle où les sujets touchant à la négritude et le métissage font partie d’une prise de conscience collective et la fierté des origines des peuples Afro-descendants, participant ainsi à la lente prise de conscience générale de l’importance de la tragédie qu’a été la traite négrière.

    Dans ce cas l’épisode serait vu d’un tout autre aspect.

    Je ne suis pas un fan de la série Joséphine Ange gardien, et cette réaction n’a pas pour but de prendre la défense de ce programme TV, mais si je me fie aux quelques épisodes que j’ai pu voir, bien que l ‘ange Joséphine soit « caucasienne » et qualifie son patron et ses supérieurs hiérarchiques en employant le terme « Là-haut », la série n’a pas l’air tourné vers la représentation religieuse ou chrétienne de l’ange, mais plutôt vers la représentation « de la culture populaire » d’un l’ange gardien.
    Son rôle est souvent de rétablir tant bien que mal et souvent de façon mal adroite, comique et attachante, le dialogue l’écoute la compréhension et le respect qui a été rompus ou perdu entres plusieurs personnes ou plusieurs partis, afin de retrouver la réconciliation et le pardon pour repartir sur de nouvelles bases.

    Souvent qualifié par mon entourage de doux rêveur et d’Utopique, J’aime croire que l’humanité cherche à s’améliorer. C’est pourquoi je laisse le bénéfice du doute j’espère que cet épisode saura traiter le sujet de façon habille et satisfaisante afin qu’il n’en ressorte que du positif pour tout un chacun, et qui sait, sera peut-être un pas de plus vers la réconciliation post esclavage.

    En tous cas en tant que guadeloupéen dont cet article a éveillé la curiosité, je suivrais la diffusion de cet épisode pressé de voir la façon dont sera traité le sujet et la tournure que prendra la polémique. Rendez-vous à la diffusion pour le verdict.

    Félicitations à l’équipe de Guadeloupe actu que je suis régulièrement depuis sa parution qui fournis jour après jour un contenu de qualité.