Prisons de Guadeloupe en grandes difficultés

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Conditions de travail difficile, insécurité, épuisement moral et physique occupent le quotidien du personnel de la prison de Baie-Mahault et la Maison d’arrêt de Basse-Terre. Les détenus font également le constat d’une cohabitation pénible avec les agents et d’une vie à l’intérieur des cellules éprouvantes.  

Prison de Baie-Mahault

Nos confrères de Guadeloupe première nous apprenaient y hier que l’Union Fédérale Autonome Pénitentiaire (UFAP) dénonçait à nouveau les failles de la prison de Baie-Mahault et l’insécurité qui y sévit. Les surveillants du centre pénitentiaire expriment à nouveau un ras-bol continu. Hier, lors d’un contrôle de sécurité, des armes blanches ou de fabrications artisanales, mais aussi des stupéfiants et des téléphones portables ont été saisies. « Toutes sortes d’objets illicites circulent à Fond Sarail » affirme un membre du personnel.

intérieur d'une prisonAux alentours de 9h30, « une pluie de projections », comprenez de « colis », ont envahi le centre pénitentiaire : « téléphone portable, montre connectée, cannabis, cocaïne, couteau », un rituel qui se déroule généralement les week-ends et les jours fériés. Selon l’un des agents, « c’est un véritable trafic qui est en place grâce à ces envois de colis depuis l’extérieur ».

La situation a atteint un point critique et « les gardiens exigent maintenant une fouille complète de la prison ». Les consignes de sécurité renforcées et les fouilles répétées ne suffisent plus à maintenir la sécurité et l’imperméabilité de la prison.

En 2015, le syndicat UFAP interpellait Mme Taubira alors Garde des sceaux afin qu’elle vienne visiter le centre pénitentiaire et constater des défaillances de celui-ci. Une requête restée lettre morte.

Relire notre article  Fouille au centre de détention de Baie-Mahault 

Maison d’arrêt de Basse-Terre

Une maison d’arrêt

Selon l’Observatoire international des Prisons la surpopulation, la violence, la vétusté, les soins défaillants, le manque d’activité caractérise la maison d’arrêt. Au 1er février 2016, 215 détenus s’entassent dans 130 places, réparties dans 46 cellules dont la superficie va de sept à quarante mètres carrés.

Un homme en prison Alain, la soixantaine, a été libéré début 2016 et témoigne. Il a passé neuf mois dans un dortoir de la maison d’arrêt de Basse-Terre. « Nous étions en permanence dix ou onze, et certains jours treize, dans cette cellule de 25 m². Treize, ça veut dire que deux détenus dorment par terre sur un matelas. Un jour, un chef est même venu nous voir pour nous demander si certains d’entre nous voulaient bien partir en France, où les prisons sont moins surpeuplées !

Dans les cellules, il n’y a pas d’hygiène. Il y a des mouches, fourmis, rats et scolopendres. La douche du dortoir, c’est un mètre quatre-vingt de moisissures sur les murs. J’ai attrapé une mycose et j’ai perdu un ongle de pied, je me fais soigner maintenant que je suis dehors. A moins de deux mètres du coin repas, les toilettes, avec comme seule séparation un sac poubelle. Pour manger, on avait une table en plastique pour quatre, alors qu’on était onze. En prison, la propriété est très importante, et le gars qui a un lit en bas, il n’est pas question qu’un autre détenu s’assoie dessus. Parce que c’est son lit. Résultat, on mangeait debout. Une nourriture peu variée : viande de porc, igname, riz, parfois petits pois carottes. Des yaourts, périmés un jour sur deux. Certains moisis. Pour améliorer ça, il fallait cantiner [acheter des produits au magasin de la prison]. Mais à Basse-Terre, il n’y a pas de frigidaire et il fait trente degrés en permanence. On peut pourtant cantiner pas mal de denrées périssables, par exemple des YOP, mais ils explosent sous l’effet de la chaleur ».

La situation s’avère périlleuse dans les centres de détention de l’archipel au regard des éléments évoqués . Cette problématique requiert une intervention urgente de l’état.

Relire notre article Deux dangereux détenus évadés de Fond Sarail                   vidéo de l’évasion ci-dessous :